Comment la CHINE se prépare pour dominer l'ESPACE?

En 2019, lors du 70ème anniversaire de la République populaire de Chine, le président Xi Jinping a déclaré qu’aucune force ne pourra arrêter le progrès du pays. Fort d’une économie en pleine croissance, le chef du parti communiste chinois de 69 ans affiche ses ambitions. Le Journal De l’Espace revient sur l’histoire du programme spatial chinois et vous présente les projets de l’agence spatiale chinoise (la CNSA) pour dépasser ses concurrents dans la nouvelle course à l’espace!

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Quatre décennies de retard

Un mois seulement après le premier vol historique de Youri Gagarine, les américains réagissent en envoyant Alan Shepard dans l’espace le 5 mai 1961. Le 15 octobre 2003, la Chine devient la troisième nation capable d’envoyer un humain dans l’espace, avec plus de 40 ans de retard sur l’URSS et les Etats-unis. Pour rappel, on désigne généralement les astronautes chinois par le terme Taïkonaute, une expression créée à partir du mot espace (太空 – taìkōng) et du suffixe français -naute.

Décollage de la mission Shenzhou 1
Le premier vol du vaisseau spatial sans équipage, Shenzhou 1 (« vaisseau divin ») a lieu le 20 avril 1999, une date choisie pour symbolisme puisqu'il s'agit du 50e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine. Trois autres vols (Shenzhou 2 à Shenzou 4) sont effectués entre 2001 et 2002 pour mettre au point le vaisseau. Crèdits: CNSA
Décollage de la mission Shenzhou 1
Le premier vol du vaisseau spatial sans équipage, Shenzhou 1 (« vaisseau divin ») a lieu le 20 avril 1999, une date choisie pour symbolisme puisqu'il s'agit du 50e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine. Trois autres vols (Shenzhou 2 à Shenzou 4) sont effectués entre 2001 et 2002 pour mettre au point le vaisseau. Crèdits: CNSA
Liwei Yang
Liwei Yang pose à bord de sa capsule Shenzhou 5. Crédits: CFP photos

Qui était le premier taïkonaute?

Liwei Yang
Liwei Yang pose à bord de sa capsule Shenzhou 5. Crédits: CFP photos

Seul aux commandes de la mission Shenzhou 5, Liwei Yang devient à 33 ans le premier chinois à franchir la fameuse ligne de Karman qui marque la frontière entre l’atmosphère et le vide spatial. Installé à bord de son vaisseau Shenzhou – une capsule inspirée du fameux vaisseau russe Soyouz – l’ancien pilote de combat effectue 14 fois le tour de la Terre en un peu plus de 21 heures. Pour lancer son programme spatial habité, la Chine développe depuis les années 1970 la famille des lanceurs Longue Marche, un nom qui fait référence à une tactique militaire utilisée en 1934 lors de la guerre civile chinoise.

L'histoire de la Longue Marche

Mao Zedong
Peinture de Mao Zedong durant la Longue Marche. Source: Pinterest/Mark Beerdom

Pour éviter une défaite imminente, le leader communiste Mao Zedong ordonna une retraite stratégique de 10 000 kilomètres, un long périple d’un an durant lequel près de 100 000 de ses soldats auraient perdu la vie. Grâce à cette longue marche, l’Armée populaire de libération a finalement rassemblé ses troupes pour remporter le conflit. De la même manière, avec son lanceur Longue marche, la Chine espère rattraper son retard technologique pour reprendre la tête dans la nouvelle course à la Lune amorcée par le programme Artemis.

La longue marche
La Longue Marche est un périple de plus d'un an, mené par l'Armée populaire de libération et une partie de l'appareil du Parti communiste chinois pour échapper à l'Armée nationale révolutionnaire du Kuomintang de Tchang Kaï-chek durant la guerre civile chinoise. Source: Wikipedia
Chang’E est un personnage de la mythologie chinoise, femme de l’archer Houyi. Séparée de son mari et du reste des humains, elle réside éternellement sur la Lune dans un palais de jade accompagnée du lapin de jade nommé Yutu (dont les rovers lunaires chinois tiennent leur nom)

Le succès du programme Chang'e

Le rover Yutu sur la Lune
Photo du rover Chinois Yutu déposé sur la Lune lors des missions du programme d'exploration lunaire Chang'e ©CNSA

Le 3 janvier 2019, c’est d’ailleurs sur notre satellite naturel que l’agence spatiale chinoise contre-attaque en déployant avec succès son rover Yutu de 140 kilogrammes sur la face cachée de la Lune, une grande première dans l’histoire de la conquête spatiale. Deux ans plus tard, la Chine confirme son statut de grande puissance dans le domaine en devenant le troisième pays à ramener des échantillons de roches lunaires grâce à sa mission Chang’e 5. Fort de son succès, le programme robotique prévoit trois missions supplémentaires d’ici 2027 pour permettre aux premiers taïkonautes de marcher sur la Lune.

La station Mir vue de l'espace.
Mir (du russe : Мир signifiant « Paix » et « Monde ») était une station spatiale russe placée en orbite terrestre basse par l'Union soviétique. Mise en orbite le 19 février 1986 et détruite volontairement le 23 mars 2001, elle fut assemblée en orbite entre 1986 et 1996. Crédits: NASA
Vue d'artiste de la station chinoise. © CMSE
Vue d'artiste de la station chinoise. La station d'une soixantaine de tonnes aura trois modules dont deux laboratoires. Placée sur une orbite basse de 300 à 400 km, elle devrait permettre d'effectuer des expériences scientifiques en microgravité, contribuer à la mise au point de technologies spatiales et préparer les équipages chinois aux vols de longue durée. ©CMSE

Tiangong-3: la "Mir chinoise"

Décollage de Tianhe
Lancement du premier module de la station spatiale chinoise, propulsé par une fusée longue Marche 5B le 29 avril dernier. Crédits: CGTN/CNSA

Mais la Chine ne compte pas simplement reproduire les exploits de l’ère Apollo. En effet, elle souhaite aussi installer une base à proximité du pôle sud de notre Lune, une région qui abrite de grandes réserves d’eau glacée, cachées au fond de cratères plongés dans une ombre permanente. Pour préparer ce futur chapitre de l’histoire spatiale chinoise, la CNSA a d’ailleurs commencé l’assemblage d’une station spatiale modulaire. Calquée sur le modèle de l’ancienne station Mir, elle accueillera deux équipages de taïkonautes cette année avant d’être complétée en 2022 avec l’ajout des laboratoires scientifiques Wentian et Mengtian.

Vue d'artiste de la station chinoise. © CMSE
Vue d'artiste de la station chinoise. La station d'une soixantaine de tonnes aura trois modules dont deux laboratoires. Placée sur une orbite basse de 300 à 400 km, elle devrait permettre d'effectuer des expériences scientifiques en microgravité, contribuer à la mise au point de technologies spatiales et préparer les équipages chinois aux vols de longue durée. ©CMSE

ILRS: une base sur la Lune

Un village lunaire
Vue d'artiste d'une base lunaire. Crédits: ESA/P.Carril

Privés d’accès à l’ISS depuis une loi votée au congrès américain en 2011, la Chine fait donc route seule – ou presque – vers les étoiles. En 2017, deux astronautes de l’ESA ont rejoint 16 taïkonautes pour partager 9 jours d’entraînement, préparant ainsi de futures missions communes à bord de la station spatiale chinoise. Le 26 avril dernier, la CNSA et l’agence spatiale russe Roscosmos ont dévoilé leur intention de construire une base sur la Lune, la ILRS (Station Internationale de Recherche Lunaire). Pour acheminer ses composants sur la Lune d’ici 2035, la Chine développe couramment un nouveau lanceur lourd: la Longue Marche 9.

Un village lunaire
Vue d'artiste d'une base lunaire. Crédits: ESA/P.Carril
La Longue Marche 9
Proposé en 2018, le lanceur super lourd Longue Marche 9 pourrait envoyer 140 en orbite basse, 50 tonnes vers la Lune et 44 tonnes vers Mars. Source: https://www.simplerockets.com/c/Bnhk4z/China-Long-March-9https://www.simplerockets.com/c/Bnhk4z/China-Long-March-9

Après la Lune, objectif Mars

Similaire en taille au lanceur SLS du programme Artemis, ce nouveau lanceur lourd pourrait concurrencer le Starship de SpaceX en lançant jusqu’à 140 tonnes en orbite basse. Propulsé par quatre boosters équivalents chacun à un premier étage d’une Longue Marche 5, le segment central de cette fusée géante fera 10 mètres de diamètre. Contrairement au lanceur semi-réutilisable Longue Marche 8 lui aussi en cours de développement, la Longue Marche 9 ne sera pas réutilisable, notamment pour permettre l’envoi de charges utiles lourdes et tenter de ramener des échantillons de Mars.

La Longue Marche 9
Proposé en 2018, le lanceur super lourd Longue Marche 9 pourrait envoyer 140 en orbite basse, 50 tonnes vers la Lune et 44 tonnes vers Mars. Source: https://www.simplerockets.com/c/Bnhk4z/China-Long-March-9https://www.simplerockets.com/c/Bnhk4z/China-Long-March-9

Vers un Starship Chinois?

En posant son premier rover sur la planète rouge, la Chine a démontré qu’elle était capable de rattraper son retard technologique. Malgré le long chemin (ou la longue marche!) qu’il lui reste à parcourir, le pays semble prêt à tout pour devenir la première puissance spatiale, quitte à concurrencer les plus grands comme SpaceX. Lors de la sixième Journée Nationale pour l’Espace qui s’est tenue à Nanjing (dans l’Est du pays), le constructeur de la Longue Marche a d’ailleurs dévoilé le mois dernier un projet de transport suborbital étrangement semblable au Starship imaginé par Elon Musk.

Starship chinois
Comparaison des deux projets de transport suborbitaux proposés par SpaceX et par le constructeur spatial de la Longue Marche. Source: The Sun - China working on "knock-off clone" of Elon Musk's Starship
Le prototype Starship SN9
Le prototype du Starship, le second étage de la future fusée de SpaceX, photographié pendant des tests sur le site d'assemblage de Boca Chica au Texas. ©SpaceX
Starship chinois
Comparaison des deux projets de transport suborbitaux proposés par SpaceX et par le constructeur spatial de la Longue Marche. Source: The Sun - China working on "knock-off clone" of Elon Musk's Starship
Starship lunaire
Illustration du Starship lunaire, sélectionné par la NASA pour son programme Artemis. Selon l'issue du procès initié par ses concurrents, l'atterrisseur de SpaceX devrait déposer le prochain homme et la première femme sur la Lune d'ici 2024. Crédits: NASA/SpaceX

Une nouvelle course à l'espace

Starship lunaire
Illustration du Starship lunaire, sélectionné par la NASA pour son programme Artemis. Selon l'issue du procès initié par ses concurrents, l'atterrisseur de SpaceX devrait déposer le prochain homme et la première femme sur la Lune d'ici 2024. Crédits: NASA/SpaceX

Derrière la méfiance de la communauté internationale envers le programme spatial chinois se cache donc peut-être une certaine forme d’inquiétude face à la montée en force de cette nouvelle puissance spatiale. Boostés par une économie en pleine santé, les projets de la CNSA relancent la concurrence et – on l’espère – pousseront les américains à accélérer leur programme Artémis.

Pierre-Henri Le Besnerais