CREW DRAGON: Pourquoi est-elle unique?

Cinq ans après avoir quitté la Terre à bord d’un vaisseau Soyouz, Thomas Pesquet repart  à destination de l’ISS, cette fois-ci avec SpaceX. Pour préparer son deuxième séjour en orbite, l’astronaute de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) a dû se familiariser à un système de vol révolutionnaire: le Crew Dragon.

Le dernier lancement du programme de la navette spatiale a eu lieu le 8 juillet 2011 par la navette Atlantis. L'équipage est revenu de l'ISS sur Terre le 21 juillet. Le programme STS a été officiellement arrêté le 31 août 2011. Crédits: NASA

Crew Dragon: la naissance du projet

En prévision de la fin de service de sa navette spatiale, l’agence spatiale américaine lance en 2010 un appel d’offres: le CCDeV (Développement Commercial pour Équipages). L’objectif: développer un nouveau système pour transporter ses astronautes à bord de l’ISS. Trois projets sont sélectionnés: la navette Dream Chaser de la SNC, le vaisseau Starliner de Boeing et la capsule Dragon de SpaceX.

Le dernier lancement du programme de la navette spatiale a eu lieu le 8 juillet 2011 par la navette Atlantis. L'équipage est revenu de l'ISS sur Terre le 21 juillet. Le programme STS a été officiellement arrêté le 31 août 2011. Crédits: NASA

Le projet Red Dragon

Quatre ans après l’appel d’offres, Elon Musk se lance le défi de construire la toute première capsule à atterrissage propulsé. Dérivé du cargo Dragon en service depuis 2012, le véhicule devait larguer son bouclier thermique avant de se poser sur quatre pieds rétractables, ralenti par moteurs-fusées Drako, sans utiliser de parachutes. Une version dérivée avait même été prévue pour amener du matériel scientifique sur Mars: la Red Dragon.

Red Dragon se pose sur Mars
Red Dragon (« dragon rouge ») était une proposition d'atterrisseur martien dérivé du cargo spatial SpaceX Dragon. Red Dragon fût finalement abandonné pour privilégier le développement du lanceur géant Super Heavy/Starship. Crédits: SpaceX
Red Dragon se pose sur Mars
Red Dragon (« dragon rouge ») était une proposition d'atterrisseur martien dérivé du cargo spatial SpaceX Dragon. Red Dragon fût finalement abandonné pour privilégier le développement du lanceur géant Super Heavy/Starship. Crédits: SpaceX
Elon Musk et Yusaku Maezawa
Yusaku Maezawa pose avec Elon Musk, le CEO de SpaceX ©Twitter/Yusaku Maezawa

Le saviez-vous?

En 2017, l’artiste japonais Yusaku Maezawa devait s’envoler à bord d’une capsule Dragon, propulsée par la fusée Falcon Heavy, pour faire le tour de la Lune avant de revenir sur Terre. Face aux progrès rapides du développement du Starship, le vol est finalement remplacé par le projet artistique DearMoon.

Les premiers tests

Face aux procédures de certifications trop lourdes, le système d’atterrissage propulsé de la capsule – inédit dans le domaine spatial – est finalement abandonné. Les moteurs Drakos sont malgré tout conservés pour assurer l’éjection du module habité en cas d’urgence. En 2019, une fusée Falcon 9 lance la première Crew Dragon dans l’espace. Sans équipage, la mission Demo-1 reste quatre jours amarrée à l’ISS avant d’amerrir au large de la Floride.

Demo-2: le premier vol habité pour SpaceX

Après avoir testé avec succès le LES (Launch Escape System) en 2019, les astronautes Robert Behnken et Douglas Hurley décollent le 30 mai 2020 à bord de Demo-2, la première mission habitée d’un programme spatial privé. A ce jour, les deux américains sont les seuls à être retournés sur Terre à bord de la capsule d’Elon Musk. Encore à bord de l’ISS, l’équipage de la mission Crew-1 attend l’arrivée de Thomas Pesquet pour rentrer sur Terre.

Demo-2
Le 30 mai 2020, une fusée Falcon 9 décolle de Cap Canaveral, emportant les astronautes Robert Behnken et Douglas Hurley à bord de la capsule Dragon nommée Endeavour. Thomas Pesquet et ses trois collègues utiliseront cette même capsule le 22 avril prochain. Crédits: (NASA/Joel Kowsky)
Demo-2
Le 30 mai 2020, une fusée Falcon 9 décolle de Cap Canaveral, emportant les astronautes Robert Behnken et Douglas Hurley à bord de la capsule Dragon nommée Endeavour. Thomas Pesquet et ses trois collègues utiliseront cette même capsule le 22 avril prochain. Crédits: (NASA/Joel Kowsky)
Intérieur du Soyouz
L'astronaute Michael E. Lopez-Alegria et le cosmonaute Mikhail Tyurin participent à une session de formation sur une maquette du vaisseau spatial Soyouz au centre de formation de la Cité des étoiles, en Russie. Crédits: NASA

Une capsule futuriste

Avec seulement deux lancements habités (dont un amerrissage), les astronautes se familiarisent encore à la capsule qui présente de nombreuses avancées technologiques pour faciliter leur vie, en commençant par l’espace: avec ses 4 mètres de largeur pour 8 mètres de hauteur, le Crew Dragon bénéficie d’une cabine de neuf mètres cubes (contre 3,5 pour le Soyouz) qui peut accueillir jusqu’à sept passagers.

Intérieur du Soyouz
L'astronaute Michael E. Lopez-Alegria et le cosmonaute Mikhail Tyurin participent à une session de formation sur une maquette du vaisseau spatial Soyouz au centre de formation de la Cité des étoiles, en Russie. Crédits: NASA

CREW DRAGON: un design épuré

Un système siège-combinaison inédit

Avant chaque vol, les occupants se connectent à leurs sièges en mousse moulée: rattaché à leur cuisse droite, un « câble ombilical » alimente en air et en électricité la combinaison futuriste qui les protège en cas de dépressurisation. Pour contrôler leur capsule, fini les boutons poussoirs mécaniques. Équipé de gants spéciaux, l’équipage pilote et contrôle le statut de tous les équipements sur trois larges écrans tactiles.

Intérieur de la Crew Dragon
L'astronaute de la NASA Suni Williams s'entraîne à utiliser l'interface tactile à l'intérieur d'une maquette du vaisseau spatial Crew Dragon à Hawthorne, en Californie, lors d'un exercice réalisé le mardi 3 avril 2018. Crédits: SpaceX
Intérieur de la Crew Dragon
L'astronaute de la NASA Suni Williams s'entraîne à utiliser l'interface tactile à l'intérieur d'une maquette du vaisseau spatial Crew Dragon à Hawthorne, en Californie, lors d'un exercice réalisé le mardi 3 avril 2018. Crédits: SpaceX
Schéma du Crew Dragon vu de face et des deux côtés
A Capsule pressurisée | B Module de service non pressurisé | C « Tronc » | 1 Bouclier thermique | Moteur SuperDraco | 3 Panneaux solaires | 4 Moteurs Draco | 5 Système d'amarrage à l'ISS | 6 Parachutes pilotes | 7 Écoutille équipage | 8 Parachutes principaux | 9 Câbles et tuyaux reliant le tronc et la capsule | 10 Radiateurs | 11 Prise ombilicale | 12 Ailerons de stabilisation (pour l'éjection) | 13 Hublots. Crédits: Wikipedia/Pline

Six tonnes de charge utile

Au sommet du Crew Dragon, un cône articulé protège le système d’attache à la station spatiale. Les capteurs et lasers installés permettent à la capsule de s’arrimer de manière autonome. Contrairement au Starliner qui utilisera des batteries, des panneaux solaires alimentent la capsule de SpaceX, moins énergivore que sa concurrente. Ces derniers couvrent le fuselage du tronc, un module externe qui permet le transport de 37 mètres cubes de cargo supplémentaires pour une charge utile totale de six tonnes.

Schéma du Crew Dragon vu de face et des deux côtés
A Capsule pressurisée | B Module de service non pressurisé | C « Tronc » | 1 Bouclier thermique | Moteur SuperDraco | 3 Panneaux solaires | 4 Moteurs Draco | 5 Système d'amarrage à l'ISS | 6 Parachutes pilotes | 7 Écoutille équipage | 8 Parachutes principaux | 9 Câbles et tuyaux reliant le tronc et la capsule | 10 Radiateurs | 11 Prise ombilicale | 12 Ailerons de stabilisation (pour l'éjection) | 13 Hublots. Crédits: Wikipedia/Pline

Serez-vous au rendez-vous ?

Après son décollage demain midi, Thomas Pesquet pourra profiter des 24 heures de trajet nécessaires à rejoindre l’ISS pour découvrir sa nouvelle capsule en apesanteur. Dans 48 heures, Endeavour rejoindra le véhicule de la mission Crew-1 pour nous offrir une configuration inédite de la station spatiale: deux vaisseaux Crew Dragon arrimés côte à côte!

Si la météo permet le lancement à la date initialement prévue, le Journal De l’Espace vous donne rendez-vous demain à 11h30 sur Youtube pour suivre en live le lancement de la mission Alpha commenté par Quentin!

Pierre-Henri Le Besnerais

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Dorian Httn

Articles très complet et très intéressant, bravo à vous.

[…] développer un vaisseau orbital, SpaceX procède donc par étapes. Avant d’envoyer un premier modèle en orbite terrestre, les […]