VOYAGE AU COEUR DE L'ENFER VÉNUSIEN

Vénus, la deuxième planète de notre système solaire, est l’objet naturel le plus brillant de notre ciel nocturne après la Lune. Son secret: une épaisse couche de nuages d’acide sulfurique qui renvoie 90% de la lumière du soleil vers l’espace et rend la “sœur de la Terre” si lumineuse que l’on peut parfois l’observer en plein jour. C’est notamment pour cette raison que l’Homme a depuis toujours été fasciné par “l’étoile du berger”.

La Lune, Vénus et Mars
La Lune, Vénus et Mars apparaissent dans cette triple conjonction capturée dans le ciel nocturne de l'Argentine ©Alamy/National Geographic

Vénus: la "grande blanche"

Intrigués par sa lumière, nous avons longtemps admiré Vénus et les premières observations de la planète remontent d’ailleurs à plus de 2000 ans avant notre ère. Du fait de sa proximité avec le soleil, les mouvements irréguliers tracés par la planète dans le ciel ont parfois trompé nos astronomes qui pensaient alors voir deux astres différents. 

Pour cette raison, les civilisations antiques lui ont souvent attribué deux noms différents, comme par exemple en Chine où la planète été appelée “la grande blanche” le matin et « l’excellente ouest” le soir. Chez les Mayas, les astronomes comprennent qu’il s’agit d’un même astre qui apparaît tantôt à l’aube, tantôt au crépuscule, et établissent un calendrier dédié au corps céleste qu’ils surnomment “Chak ek” (la grande étoile).

Schéma des planètes du système solaire
Schéma des planètes et planètes naines du système solaire. Les tailles sont à l'échelle mais les distances sont extrêmement compressées. L'ordre est respecté pour les distances moyennes au Soleil. (Pluton peut se trouver plus près du Soleil que Neptune mais sa distance moyenne est plus grande).
La Lune, Vénus et Mars
La Lune, Vénus et Mars apparaissent dans cette triple conjonction capturée dans le ciel nocturne de l'Argentine ©Alamy/National Geographic
L'étoile polaire
Image ©photo_smirnov / Shutterstock.com

Le saviez-vous?

L’étoile du berger est parfois confondue avec l’étoile polaire, qui désigne en fait un autre astre. Beaucoup moins brillante que Vénus, elle se situe dans le prolongement de l’axe de rotation de la Terre et nous apparaît donc immobile dans le ciel nocturne. Pour cette raison, l’étoile polaire aussi nommée Polaris ou Alpha Ursae Minoris est utilisée pour repérer le nord céleste.

Nuages de Vénus
Cette vue de Vénus a été acquise par la caméra infrarouge IR2 du vaisseau spatial japonais Akatsuki, la seule sonde encore en fonction autour de Vénus. Elle observe entre autres la "chaleur" de l'atmosphère de la planète sur son côté nocturne. ©JAXA/ISAS/DARTS/Damia Bouic

Les premières observations

Au 17ème siècle, Galilée observe les phases de Vénus avec sa lunette astronomique et en déduit que l’étoile du berger est en fait une planète qui orbite autour du soleil. Grâce aux progrès de l’astronomie moderne, on sait aujourd’hui que le diamètre de la planète rocheuse représente 95% de celui de la Terre, que Vénus n’a aucune lune et qu’elle effectue un tour complet autour de notre étoile en un peu moins de 225 jours terrestres. 

Située à 108 millions de kilomètres du soleil en moyenne, la planète est recouverte d’une épaisse atmosphère découverte en 1761 par le polymathe russe Mikhail Lomonosov qui rend la vitesse de rotation de la planète difficilement observable avec les instruments de l’époque.

Une planète aux caractéristiques uniques

En 1962, le Jet Propulsion Laboratory a calculé grâce à des mesures radars que Vénus complète un tour sur elle-même tous les 243 jours terrestres, soit la période de rotation la plus lente du système solaire, avec une vitesse de 6,5 km/h à son équateur (250 fois moindre que sur Terre). 

De plus, contrairement à la plupart des planètes du système solaire, Vénus tourne sur son axe dans le sens rétrograde. Si un astronaute pouvait se tenir à sa surface, il verrait donc le soleil se lever à l’ouest et se coucher à l’est avant de voir la planète plonger dans une longue nuit pendant près de deux mois!

Les 5 et 6 juin 2012, l'observatoire de la dynamique solaire de la NASA a immortalisé l'un des événements solaires prévisibles les plus rares: le transit de Vénus sur la face du Soleil. ©NASA/SDO, AIA
Cratère sur Vénus
Cette image obtenue par la sonde Magellan de la NASA montre un cratère altéré par l'activité volcanique de Vénus. © JPL / NASA.

L’atmosphère vénusienne: bouclier anti-impact!

Cartographiée par la sonde Magellan au début des années 1990, près des trois quarts de la planète sont composés de vastes plaines volcaniques parsemées de cratères d’impact dont le diamètre est d’au moins 3 kilomètres: en effet, l’atmosphère vénusienne est si dense que les météorites de moins de 50 mètres brûlent complètement avant d’atteindre sa surface!

Atmosphère de Vénus
Schéma des couches atmosphériques de la planète Vénus. ©Pearson Education/http://www.astrosurf.com/

Vénus et son atmosphère étouffante

Comme on l’évoquait plus tôt, Vénus est en réalité couverte d’une épaisse atmosphère dont la masse fait 93 fois celle de la Terre, et même en plein jour il serait donc impossible de distinguer le soleil depuis la surface de Vénus. 

L’air de la planète, majoritairement composé de dioxyde de carbone (96,5%) et d’azote (3,5%), est si lourd que la pression à la surface de Vénus est équivalente à celle qui règne à 1600 mètres sous nos océans! C’est notamment cette grande quantité de CO2 qui, en générant un effet de serre géant, a fait de Vénus la planète la plus chaude du système solaire (+460°c).

L'exploration de Vénus

En plus des températures extrêmes, l’atmosphère de Vénus est en super-rotation et des vents de plus de 100 mètres par seconde soufflent autour de la planète, et une couche de 37 kilomètres d’épaisseur de nuages rend impossible l’observation de sa surface en lumière visible. 

Pour percer les mystères de notre voisine, de nombreuses missions interplanétaires ont été envoyées vers Vénus, profitant de sa distance relativement faible par rapport à notre planète. En 1975, la sonde soviétique Venera 9 se pose sur l’étoile du berger, devenant la première sonde à se poser sur un monde extraterrestre, et survit suffisamment longtemps (53 minutes) pour renvoyer la première photo de Vénus.

La surface de Vénus vue par Venera 9
Image composite recréée à partir des photos en noir et blanc de la sonde soviétique Venera 9. ©Don P. Mitchell (http://mentallandscape.com/V_Venus.htm)

Vénus: aucun atterrisseur depuis plus de 35 ans

Avec le succès du programme soviétique Venera, plus d’une vingtaine de missions ont été lancées par différentes nations en direction de notre étoile du berger, et le dernier atterrissage sur Vénus remonte au 15 juin 1985 avec la mission Vega 2. 

Depuis, plusieurs projets sont à l’étude pour concevoir un robot d’exploration capable de survivre dans l’environnement vénusien, à l’image du rover à voile Zephyr imaginé par l’ingénieur de la NASA Geoffrey Landis, ou encore du AREE en photo ci-contre.

Pierre-Henri Le Besnerais

Rover sur Vénus
Le Rover Automatisé pour les Environnements Extrêmes (AREE) est un projet du programme de la NASA "Innovative Advanced Concepts". Pour fonctionner dans l'environnement de Vénus, la machine dont l'architecture rappelle celle d'un char de la première guerre mondiale, serait contrôlée par un ordinateur mécanique à énergie éolienne. ©Jonathan Sauder - Jet Propulsion Laboratory

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Damien SOLER

Merci beaucoup pour cet article. Vraiment très instructif

Ibrahima Diallo

Très bon article. Vous n’avez pas parlé de la phosphine et les questions autour qui pourraient relancer l’intérêt de venus

Damien SOLER

pour moi la longueur des articles est parfaite

Nicolas DESOMBRE

… mais une fois qu’on a lu et assimilé cet article, on pourra avoir envie d’en lire plus sur ce thème (ou un autre), d’où la possibilité d’autres articles ?

[…] habités et pourra envoyer 2 tonnes de charge utile vers la Lune ou encore une tonne et demie vers Vénus et […]

Andre

Bonne continuation à vous et merci.

[…] avant notre ère, les astronomes babyloniens observaient déjà la planète Mercure. Tout comme Vénus, les civilisations antiques pensaient d’ailleurs voir deux astres différents: par exemple, les […]

[…] la nuit des temps, l’Homme observe les étoiles et tente de percer les mystères de Mercure, Vénus, Mars et Jupiter. Orbitant à 1,5 milliards de kilomètres au-delà de l’orbite de Saturne, un […]